Pointu à Cassis

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« C'est ici un blog de bonne foi, lecteur.
Il t’avertit dès l’entrée que je ne m’y suis proposé aucune autre fin que culinaire et privée.
Je n’y ai aucune préoccupation de ton service ni de ma gloire.
Je l’ai consacré à la commodité particulière et gastronomique de mes parents et amis.
Ainsi, lecteur, je suis moi-même la matière culinaire de mon blog :
il n’est pas raisonnable que tu emploies ton loisir en un sujet si frivole et si vain ».


dimanche 20 avril 2014

Nos lectures du moment (3) : "Le peintre d'éventail" d' Hubert Haddad

Un très beau et court récit
d'un auteur qui m'était totalement inconnu,
mais dont j'aimerais découvrir d'autres textes,
Hubert Haddad (clic clic).


Le narrateur initial, Xu Hi-han, jeune marmiton devenu disciple du peintre Matabei Reien - qui lui-même avait pris la suite du vieil Osaki, jardinier de la pension de Dame Hison, expert en haïkus et peintre d'éventail - revient auprès de son vieux maître avec lequel il s'était fâché. Ce dernier, rescapé d'un tremblement de terre et proche de sa fin, va pouvoir ainsi lui léguer «un trésor inestimable» mais inachevé ... 
Le texte, divisé en une quarantaine de courts fragments, est en fait plus le récit de Matabei que celui de Xu Hi-han.
On suit ainsi la vie  de Matabei - personnage établissant le lien entre la génération  de Maître Osaki qui l'a précédé et celle de Xu Hi-han qui lui suivra - depuis son arrivée dans cette auberge de la lointaine contrée d'Atôra où il s'était retiré pour «échapper au monde» après un choc ayant bouleversé sa vie. Il y sera rejoint un jour par la passion puis par la fureur des éléments, mais l'enseignement délivré par le vieil Osaki, jardinier, peintre et poète, lui permettra de trouver à son tour sa propre voie.

J’ai beaucoup aimé ce livre, qui est un récit très poétique, avec des haïkus de l’auteur, (il y a d'ailleurs publié parallèlement un court recueil d'haïkus en lien avec le roman) qui nous plonge à la fois dans le Japon traditionnel des peintures d’éventail et dans le Japon moderne avec l’évocation de Fukushima et de ses conséquences.
Aucun exotisme de pacotille et pourtant on se sent totalement au Japon, ou du moins tel qu’on se le représente…

C’est un récit « modianesque », éclaté, où l’on suit, sans ordre chronologique strict, à la fois Hi-han (c’est le seul bémol que je mettrais au livre, ce nom est ridicule et permet des jeux de mots ridicules…), le peintre d’éventail Matabei Reien, le vieux maître Osaki et Dame Hison, un des personnages les plus finement évoqués…

C’est une belle histoire de transmission et d’initiation qui réussit à saisir la grâce éphémère de chaque instant, justement comme dans les haïkus.
L’évocation de la pension de famille est pleine d’implicites et de non-dits et constitue une grande réussite du livre. Elle fait penser à un lieu que l’on pourrait trouver dans un roman de Modiano : où se croisent des personnages très improbables, dont on ne connait que quelques parcelles de vie, qui ne sont révélées que par petites touches… Il en est de même pour le tsunami et la destruction de la centrale de Fukushima, tout est dans le non-dit et la suggestion et c’en est d’autant plus fort et angoissant…

Il faut aussi admirer chaque fin de chapitre, dont les phrases sont comme de courts poèmes en prose, parfaitement ciselées, et qui viennent conclure chaque étape et chaque évocation.
Page 34 « il contempla le balancement des bambous (alexandrin !) avec une sorte d’allégresse. »
Page 45 : Peindre un éventail n’était-ce pas ramener sagement l’art à du vent ? »
Page 52 : un haïku «     Ni tourment ni deuil
                                   Sur les roses du jardin
                                   Dispersez mes cendres. »

Un texte splendide, qui raconte une très belle d’histoire d’amitié, de filiation, d’amour, tout étant entre les lignes, dans la suggestion et l’évocation.



Et pour rendre hommage
au grand Gabriel Garcia Marquez,
lisez (ou relisez)
"Cent ans de solitude", "L'automne du Patriarche",
"Chronique d'une mort annoncée",
ou, plus facile d'accès :
"L'Amour au temps du choléra".
Les nouvelles
des "Funérailles de la Grande Mémé"
ou "d'Erendia" m'avaient beaucoup plu également...

Bonnes vacances à tous !
Toti et Norma
s'arrêtent pour 15 jours...

1 commentaire:

Anne a dit…

Merci de nous faire partager votre découverte. Je vais certainement acheter "Le peintre d'éventail" car j'aime beaucoup tout ce qui se rapporte au Japon.

J'avais lu "Cent ans de solitude" et j'avais bien aimé ce roman au style très original et efficace.

Je vous souhaite de belles et romantiques vacances.